Quelles informations obsolètes nuisent à mon CV ?
Mis à jour:
En bref
Ancien ne signifie pas obsolète. L’art. 78, al. 1, de la loi sur l’encouragement des hautes écoles dispose que les titres décernés conformément à l’ancien droit sont protégés : un diplôme suisse ne se périme donc pas. Une seule ordonnance fédérale ordonne réellement de retirer une mention d’un CV, et seulement après une démarche volontaire : qui obtient a posteriori le titre HES ne peut plus se prévaloir de l’ancien titre figurant sur son diplôme. Tout le reste est une question de vocabulaire — une mention nuit lorsqu’elle emploie un mot que le marché n’écrit plus.
Cette réponse restitue le contenu des actes fédéraux cités et ne remplace ni un conseil juridique ni un conseil en orientation. La question de savoir si un diplôme donné remplit les conditions de l’obtention a posteriori du titre est tranchée cas par cas par le Secrétariat d’État compétent.
La particularité romande, et c’est le point de départ de cette page, est que le mot officiel français n’a pas vieilli. Là où l’allemand a changé de substantif, le français est resté identique d’une ordonnance à l’autre. Ce qui a vieilli en français, ce sont les noms d’écoles — et ceux-là, l’ordonnance les nomme un par un.
Deux vérifications suffisent, et toutes deux se refont. La première est le texte des actes fédéraux, lu sur Fedlex. La seconde est le décompte des mots que les annonces écrivent réellement : toutes les proportions ci-dessous ont été calculées le 31 août 2026 sur les annonces publiées sur SwissJobs.app, séparées selon la langue de rédaction de l’annonce.
Décompte du 31 août 2026 sur le titre et le résumé des annonces francophones publiées sur SwissJobs.app. Les sigles ont été recherchés en majuscules pour ne pas compter les mots courants homographes. « ESCEA » n’apparaît dans aucune annonce.
- Ce qui reste : « Les titres décernés conformément à l’ancien droit pour les diplômes de hautes écoles spécialisées de bachelor, de master ou de master de formation continue reconnus par la Confédération sont protégés » (art. 78, al. 1, LEHE).
- La seule suppression ordonnée : « La personne qui reçoit l’autorisation de porter un titre HES ne peut plus se prévaloir de l’ancien titre mentionné sur le diplôme » (art. 7, al. 2, de l’ordonnance du DEFR sur l’obtention a posteriori du titre HES).
- Les noms d’écoles que cette ordonnance cite expressément : école d’ingénieur (ETS), école supérieure de cadres pour l’économie et l’administration (ESCEA), école supérieure d’arts appliqués (ESAA), école supérieure d’économie familiale (ESEF).
- Depuis le 1er février 2025, la voie est ouverte à la filière Soins infirmiers, avec une liste d’anciens diplômes allant de « soins infirmiers, niveau II » au « certificat d’infirmière clinicienne / infirmier clinicien II ».
- Dans les annonces francophones : « CFC » 19,26 %, « Master » 3,76 %, « HES » 2,08 %, « brevet fédéral » 1,78 %, « Bachelor » 1,58 %, « école supérieure » ou « ES » 0,41 %, « ETS » 0,05 %, « ESCEA » aucune.
- Le conseil le plus répété est faux ici : « MS Office » ou « Microsoft Office » figure dans 2,44 % des annonces francophones, « Microsoft 365 » ou « Office 365 » dans 0,71 % — le terme réputé dépassé est plus de trois fois le plus fréquent.
En français, le mot officiel n’a pas vieilli — en allemand, si
Il arrive qu’une mention paraisse datée non parce que le candidat a vieilli, mais parce que l’acte qui nomme le document a changé de mot. C’est exactement ce qui vient de se produire pour la maturité gymnasiale, et le résultat n’est pas le même selon la langue.
L’ordonnance du 28 juin 2023 sur la reconnaissance des certificats de maturité gymnasiale est entrée en vigueur le 1er août 2024 et abroge, à son art. 35, celle du 15 février 1995. En allemand, l’intitulé est passé de « Maturitätsausweise » à « Maturitätszeugnisse » : le substantif a changé. En français, l’intitulé est resté mot pour mot « certificats de maturité gymnasiale » dans les deux ordonnances. En italien, seul l’ordre des mots a bougé.
La conséquence pratique est agréable et rarement dite : un CV romand qui écrit « certificat de maturité gymnasiale » emploie aujourd’hui le terme exact de l’ordonnance en vigueur, sans rien avoir à mettre à jour. C’est le candidat alémanique qui doit surveiller son vocabulaire, pas le Romand.
La même ordonnance contient d’ailleurs la rareté qu’on cherche quand on parle d’obsolescence : une durée. Selon l’art. 36, al. 3, les reconnaissances octroyées selon l’ancien droit demeurent valables huit ans à compter de l’entrée en vigueur, et quatorze ans lorsque la durée minimale des filières ne correspond pas à celle qui est prévue à l’art. 7. Quand la Confédération veut une date de péremption, elle l’écrit. Quand elle n’en écrit pas, il n’y en a pas.
Ce qui a vieilli en français, ce sont les noms d’écoles
Le vocabulaire français qui a réellement changé est celui des établissements, et il se lit dans un texte précis : l’ordonnance du DEFR sur l’obtention a posteriori du titre d’une haute école spécialisée, du 4 juillet 2000, dont la version actuelle est en vigueur depuis le 1er février 2025.
Son art. 1, al. 1, let. a, énumère les diplômes concernés : école d’ingénieur (ETS), école supérieure de cadres pour l’économie et l’administration (ESCEA), école supérieure d’arts appliqués (ESAA), école supérieure d’économie familiale (ESEF), ainsi que le diplôme de l’École hôtelière de Lausanne obtenu en 1998, 1999 ou 2000. La condition est ensuite soit une pratique professionnelle reconnue de cinq ans au minimum après le diplôme, soit un cours postgrade de niveau haute école d’au moins dix crédits ECTS selon l’art. 3.
Ces sigles ne sont pas la traduction des sigles alémaniques : ce sont d’autres mots, pour d’autres écoles, dans une autre région linguistique. Un CV romand qui porte « ESCEA » ne porte pas la version française de « HWV » ; il porte le nom d’un établissement romand, et c’est ce nom-là qui figure dans le texte fédéral.
Le décompte des annonces confirme ce que cela vaut aujourd’hui. Dans les annonces rédigées en français publiées sur SwissJobs.app, « ESCEA » n’apparaît dans aucune, et « ETS » dans 0,05 % — c’est-à-dire une seule. Cette annonce mérite d’être citée, parce qu’elle dit le contraire de ce qu’on attendrait : Itecor, à Lausanne, cherche un ingénieur en automatisation de tests et demande « un diplôme universitaire en informatique (ingénieur EPF, HES/ETS ou équivalent) ». L’employeur place lui-même l’ancien sigle à côté du nouveau, comme équivalent.
La lecture honnête est donc double. Le sigle ETS survit dans le marché, mais à une fréquence qui ne permet à personne d’en faire une règle ; et là où il survit, c’est comme synonyme du sigle actuel, jamais seul. Écrire « ingénieur ETS » suivi de l’intitulé du métier reste parfaitement lisible ; écrire « ESCEA » sans rien d’autre laisse le lecteur sans point d’accroche.
La seule mention qu’une ordonnance retire vraiment du CV
L’exception va à rebours de l’intuition, et elle se trouve dans la même ordonnance. Son art. 7, al. 2, est la seule disposition fédérale qui fasse disparaître une ligne d’un dossier de candidature : « La personne qui reçoit l’autorisation de porter un titre HES ne peut plus se prévaloir de l’ancien titre mentionné sur le diplôme en vertu de l’art. 1, al. 1, let. a. »
La formulation française est plus large que l’allemande, et la différence mérite d’être relevée. L’allemand dit que le titulaire ne peut plus « führen » l’ancien titre, c’est-à-dire le porter. Le français dit qu’il ne peut plus « se prévaloir » de l’ancien titre « mentionné sur le diplôme » : ce n’est pas seulement l’inscription sur une ligne du CV, c’est le fait de s’en réclamer, et le texte rattache expressément le titre au document qui le porte.
Ce n’est donc pas un conseil de concision. C’est une alternative : qui convertit porte le nouveau titre et non plus l’ancien. La présentation courante qui aligne les deux côte à côte pour ne rien perdre est précisément celle que cette disposition exclut. Qui ne convertit pas garde l’ancien, et le garde protégé par l’art. 78, al. 1, LEHE.
Deux points pratiques tirés du même texte : la demande s’adresse au Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation, avec le diplôme et, le cas échéant, la pratique professionnelle ou le cours postgrade justifiés par des originaux ou des copies certifiées conformes (art. 4) ; et selon l’art. 7, al. 3, le Secrétariat tient un registre des personnes auxquelles un titre HES a été décerné en vertu de cette ordonnance. La mention est donc vérifiable, à une adresse qui existe réellement.
Une précision utile aux frontaliers et aux personnes arrivées de France : la liste de l’art. 1 ne contient que des établissements suisses. Un diplôme français ne relève pas de cette voie de conversion mais d’une procédure de reconnaissance distincte, qui ne se règle pas en réécrivant une ligne du CV.
Depuis février 2025, les soins infirmiers, et une règle de rédaction inattendue
La dernière modification de cette ordonnance, en vigueur depuis le 1er février 2025, a inséré un art. 1a consacré à la filière Soins infirmiers. Il énumère les anciens diplômes reconnus par la Croix-Rouge suisse qui ouvrent désormais la voie : « infirmière » / « infirmier », « soins infirmiers, niveau II », « infirmière / infirmier en soins généraux », « en psychiatrie », « en hygiène maternelle et en pédiatrie », « en soins communautaires », « en soins intégrés ». S’y ajoute une pratique professionnelle reconnue de deux ans au minimum.
Une personne dont le CV porte l’un de ces intitulés ne porte donc pas une mention périmée : elle porte une mention que le droit fédéral a expressément réinscrite en 2025. C’est l’inverse d’une ligne à supprimer.
Ce même article contient une règle de rédaction que tout candidat peut reprendre, quel que soit son métier. La version française laisse en allemand la « Höhere Fachausbildung Pflege Stufe II (HöFa II) », et en italien le « diploma CRS indirizzo clinico ». La version allemande laisse en français le « Certificat d’infirmière clinicienne / infirmier clinicien II ».
Autrement dit : quand la Confédération légifère sur des diplômes dans quatre langues, elle écrit chaque ancien diplôme dans la langue où il a été délivré, et n’en traduit aucun. Traduire l’intitulé de son propre diplôme pour une annonce rédigée dans une autre langue, c’est faire ce que le texte fédéral lui-même se refuse à faire — et remplacer un mot vérifiable par une approximation.
Le conseil le plus répété sur les mots dépassés ne tient pas ici
« N’écrivez plus MS Office, ça fait daté » est une des phrases les plus recopiées des guides de CV. Comptée sur les annonces suisses, elle pointe dans le mauvais sens.
Dans les annonces rédigées en français, « MS Office » ou « Microsoft Office » figure dans 2,44 % des textes, « Microsoft 365 » ou « Office 365 » dans 0,71 %. Le terme réputé dépassé est plus de trois fois le plus fréquent, et il l’est dans le texte même contre lequel votre CV sera lu. L’écart est du même sens en allemand (2,75 contre 0,40 %) et plus marqué encore en anglais (1,86 contre 0,14 %).
La définition utile d’un mot obsolète n’est donc pas « un nom de produit plus récent existe ». C’est « l’annonce ne l’écrit plus ». Écrire plus moderne que le poste auquel on postule fait perdre la correspondance, et la correspondance est tout le mécanisme sur lequel un filtre par mots-clés fonctionne.
La règle vaut dans les deux sens. Si l’annonce écrit Microsoft 365, le CV écrit Microsoft 365, avec cette orthographe. Personne à l’extérieur de l’entreprise ne voit ce que son filtre cherche réellement, et tout outil qui prétend le contraire — le nôtre compris — vend une certitude qui n’existe pas. Ce qui se vérifie, c’est l’accord avec le texte publié.
Trois vérifications qui remplacent une supposition
Premièrement, pour chaque diplôme : l’intitulé est-il un titre protégé ? Si oui, il reste tel qu’il figure sur le document. « Actualiser » un titre protégé qu’on n’a pas obtenu ne retire pas une mention datée, cela en ajoute une fausse.
Deuxièmement, pour chaque terme technique : apparaît-il dans trois annonces actuelles pour le poste visé ? Si oui, il n’est pas obsolète, aussi ancien qu’il paraisse. Si non, la réponse est rarement la suppression : c’est une seconde formulation à côté, l’intitulé d’origine pour la provenance et le mot de l’annonce pour la correspondance.
Troisièmement, pour chaque document adossé à une reconnaissance : l’acte qui le régit prévoit-il un délai ? Pour les reconnaissances de maturité, oui. Pour les titres HES, non. Cette différence se lit, et la lire clôt la question au lieu d’en faire une affaire de goût.
Ce que ces vérifications ne disent pas, c’est si un recruteur retient malgré tout un mot ancien contre vous. Personne, de l’extérieur, ne peut le voir, et l’affirmer serait une invention. Ce qui se vérifie, c’est la concordance entre votre CV et l’annonce que vous avez sous les yeux — et elle, elle se vérifie sérieusement.
Les pourcentages ont été calculés le 31 août 2026 à partir des annonces publiées sur SwissJobs.app, séparées selon la langue de rédaction de l’annonce ; seuls le titre et le résumé de l’annonce ont été lus, jamais un document de candidature. Les sigles tels que CFC, HES, ETS ou ESCEA ont été recherchés en majuscules afin d’exclure les mots courants qui s’écrivent de la même façon. Ces chiffres mesurent les mots que les employeurs écrivent, non les diplômes que les candidats détiennent. Les articles de la LEHE, de l’ordonnance sur l’obtention a posteriori du titre HES et de l’ordonnance sur la reconnaissance des certificats de maturité gymnasiale proviennent des versions consolidées publiées sur Fedlex, en vigueur au 31 août 2026.
Vérifiez si votre CV correspond au poste — et au marché suisse
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- Fedlex — Loi sur l’encouragement des hautes écoles, art. 78 : les titres décernés selon l’ancien droit sont protégés
- Fedlex — Ordonnance du DEFR sur l’obtention a posteriori du titre d’une haute école spécialisée : art. 1 (ETS, ESCEA, ESAA, ESEF), art. 1a (soins infirmiers, depuis le 1er février 2025), art. 7 al. 2 et 3
- Fedlex — Ordonnance du 28 juin 2023 sur la reconnaissance des certificats de maturité gymnasiale : art. 35 abrogation, art. 36 al. 3 délais de huit et quatorze ans
- Fedlex — l’ordonnance abrogée du 15 février 1995, dont l’intitulé français était déjà « certificats de maturité gymnasiale »
Questions liées
Ce que notre index d’offres dit du marché suisse
Calculé en direct sur notre propre index, non repris d’une étude. Uniquement des parts, à ce jour.
Langue de rédaction des annonces
- Deutsch
- 60%
- English
- 23%
- Français
- 13%
- Italiano
- 3%
Parmi les annonces exigeant une langue, la part demandant
- Deutsch
- 70%
- English
- 43%
- Français
- 21%
- Italiano
- 3%
19% publiées ces 7 derniers jours · Principaux marchés: Zürich 18% · Bern 10% · Genève 5% · Basel 5%