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Le CV dans une autre langue

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Postuler en Suisse romande, dans un canton bilingue ou auprès d’un employeur international commence par une question qu’aucun modèle ne traite : dans quelle langue s’écrit ce dossier, et qu’est-ce qui change au-delà des mots ? Cette page réunit ces questions et y répond avec ce que demandent réellement les annonces suisses et avec ce qu’écrivent, dans la langue concernée, les autorités compétentes.

En bref

Reprenez les rubriques que l’administration fédérale nomme elle-même : titre « Curriculum vitae », puis « Données personnelles », « Expériences professionnelles », « Formation et formation continue », « Langues », « Centres d’intérêts », « Références », en ordre antichronologique. Écrivez les titres suisses tels quels — « CFC », jamais « diplômé-e » — et indiquez chaque poste avec son taux d’activité en pourcent. Un CV en français destiné à la Suisse n’est pas un CV français : la photo y est usuelle, le permis de séjour se mentionne, et les certificats de travail accompagnent le dossier.

La langue de l’annonce prime sur le canton. Parmi les annonces publiées sur SwissJobs.app dont la langue est identifiable, le français représente 69.2 % dans le canton de Vaud, 64.5 % à Fribourg, 65.0 % à Neuchâtel et 49.5 % à Genève, contre 41.5 % en Valais et 6.8 % dans le canton de Berne. L’allemand a presque disparu des annonces genevoises (1.0 %) et vaudoises (1.8 %) ; l’anglais, lui, occupe 49.5 % à Genève et 20.3 % en Valais.

Le point le plus contre-intuitif concerne l’employeur. Environ 5 % des entreprises publient à la fois en français et en allemand, mais elles produisent à elles seules 49.1 % des annonces francophones. Le choix de la langue ne se déduit donc pas du nom de la société : il est déjà fait, poste par poste, dans l’annonce. Ajoutons que le temps de réflexion existe : une annonce en français reste en ligne 30 jours en médiane, contre 18 pour une annonce en allemand.

Part des annonces rédigées en français, par canton — parmi les annonces dont la langue est identifiable
Part des annonces rédigées en français, par canton — parmi les annonces dont la langue est identifiableVaud69.2%Neuchâtel65%Fribourg64.5%Genève49.5%Valais41.5%Berne6.8%Zurich0.8%
  • Les rubriques exactes, dans l’ordre officiel. arbeit.swiss énumère : « titre “Curriculum vitae”, données personnelles avec photo vous mettant en valeur, activités professionnelles précédentes, écoles fréquentées, formations et formations continues suivies, connaissances linguistiques, connaissances ou activités particulières, centres d’intérêt et loisirs, références », le tout « de manière chronologique, les plus récentes en premier ». C’est la trame la moins discutable qui existe pour un CV suisse en français.
  • Le titre du poste repris de l’annonce, sans la double mention. 26.3 % des intitulés francophones portent un « (H/F) » ou « (h/f/d) » et 13.6 % emploient une forme inclusive ou double : « Cheffe ou chef de projets », « animateur·trice », « chargé(e) ». Cette écriture appartient à l’employeur qui décrit un poste ouvert. Sur votre CV figure la forme qui vous concerne : « Décolleteur CNC », « Cheffe de projet ».
  • Le titre professionnel écrit comme la Confédération l’écrit. Le portail officiel de la formation professionnelle est catégorique : « Les porteurs de ces titres ne sont pas autorisés à les compléter par la mention “diplômé-e” ou “dipl.”. Une horticultrice peut se nommer “horticultrice CFC” ou “horticultrice AFP” selon le titre qu’elle a obtenu. » Le sigle compte : 18.8 % des annonces francophones citent le CFC, 1.6 % un brevet fédéral.
  • Le taux d’activité derrière chaque poste. 18.5 % des intitulés francophones annoncent un taux, dont 8 % sous forme de fourchette « 80-100 % », et 14.7 % des annonces mentionnent un plein temps à 100 %. Une ligne complète ressemble à : « Assistante de direction, taux d’activité 80 %, 03/2021 – aujourd’hui ». Sans ce chiffre, une expérience à temps partiel se lit comme un plein temps, et l’écart se découvre à l’entretien.
  • Les langues au niveau CECR, pas en adjectifs. Le dépliant vaudois demande d’« indiquer le niveau CECR (A, B ou C) ». Côté marché : 95.4 % des annonces francophones qui posent une exigence veulent le français au niveau professionnel ou langue maternelle, et 40.6 % réclament une seconde langue. L’allemand apparaît dans 28.2 % des cas, mais 61.5 % de ces mentions se contentent d’un niveau conversationnel ou élémentaire.
  • Ce qu’un modèle conçu pour la France ne prévoit pas. La page emploi d’orientation.ch renvoie elle-même, pour les modèles, vers un site français grand public — pratique, mais construit pour un autre marché. Trois champs manquent régulièrement : la photo, décrite par le canton de Vaud comme « usuellement exigée », la nationalité ou le permis de séjour, et le renvoi aux certificats de travail. Un CV suisse en français les contient.
  • La longueur selon le destinataire. La Confédération écrit que « le curriculum vitae ne doit pas dépasser trois pages » ; le canton de Vaud demande « 1 à 2 pages A4 », avec une « typographie (arial, calibri, helvetica, par exemple) » et une « orthographe irréprochable ». Pour un employeur romand, c’est la règle cantonale, plus stricte, qui donne le ton.
  • Les annexes réunies comme le prévoit la page fédérale. « Les certificats de travail doivent figurer dans un unique document PDF, dans l’ordre chronologique, le plus récent en premier », et pour les références : « indiquez que vos références peuvent être fournies sur demande ». Le CV lui-même part en PDF, depuis une « adresse e-mail sérieuse » contenant de préférence vos prénom et nom.

Où le français est réellement la langue du marché

À l’échelle du pays, le français est la troisième langue d’annonce : 14.1 % des annonces dont la langue est identifiable, derrière l’allemand (59.4 %) et l’anglais (23.9 %), devant l’italien (2.6 %). Cette part se concentre sur quelques cantons, mais elle n’y est jamais exclusive.

Vaud (69.2 %), Fribourg (64.5 %) et Neuchâtel (65.0 %) dépassent la moitié, Genève (49.5 %) l’atteint presque ; le Jura est francophone de bout en bout, sur une base très restreinte. Le Valais fait exception : le français n’y atteint que 41.5 %, devant l’allemand à 37.9 % et l’anglais à 20.3 %, le profil d’un canton bilingue.

Hors de cet espace, un CV en français devient un instrument de précision : 6.8 % des annonces bernoises et 0.8 % des annonces zurichoises sont rédigées en français. À l’inverse, seules 8.5 % des annonces germanophones réclament le français, et 3.4 % au niveau professionnel ou langue maternelle. Le français ouvre la Romandie ; ailleurs, il se présente comme compétence, pas comme langue du dossier.

Un CV en français n’est pas un CV français

Le réflexe le plus coûteux consiste à télécharger un modèle rédigé pour le marché français. La page « Rechercher un emploi » d’orientation.ch, service du CSFO, cite d’ailleurs un site de modèles français pour la lettre et le CV : le contenu est en français, la convention derrière ne l’est pas nécessairement.

Les différences sont concrètes et vérifiables. Le canton de Vaud décrit la photo comme « usuellement exigée » et demande, dans les données personnelles, « prénom et nom, adresse, e-mail, téléphone, année de naissance et âge, nationalité ou permis de séjour ». La Confédération, elle, insiste sur les certificats de travail : « assurez-vous de remettre tous les certificats de travail des postes que vous avez occupés, sans exception ».

S’ajoute une rubrique typiquement romande, absente de beaucoup de modèles : l’« en-tête (accroche) », quelques mots-clés sur vos qualités et compétences en lien avec le poste, suivi de « votre objectif » en une phrase. Le même dépliant distingue le « CV chronologique » du « CV thématique, centré sur les compétences », recommandé aux personnes en réorientation ou au parcours non linéaire.

Les titres suisses en français : CFC, AFP, brevet fédéral

Un titre professionnel suisse ne se traduit pas, il se cite. « Employée de commerce CFC », « Menuisier CFC », « Spécialiste en ressources humaines avec brevet fédéral » : profession, puis titre, sans mention ajoutée. Les porteurs d’un CFC ou d’une AFP n’ont pas le droit d’y accoler « diplômé-e » ou « dipl. ».

Le sigle est très présent dans les annonces elles-mêmes : 18.8 % des annonces francophones citent le CFC, contre 10 % d’annonces germanophones citant son équivalent alémanique. La formation en général est évoquée dans 36.5 % des annonces francophones, un diplôme dans 17.9 %, le permis de conduire dans 3.6 %. Omettre le sigle revient à retirer le mot que la personne qui lit cherche en premier.

Pour un titre obtenu à l’étranger, 1.9 % des annonces romandes emploient déjà une tournure de ce genre : « CFC ou formation jugée équivalente ». Reprenez-la plutôt que d’inventer une correspondance : intitulé d’origine, pays de délivrance, et, si une procédure de reconnaissance est en cours, la date de dépôt.

Le même employeur publie dans deux langues

Environ 5 % des employeurs publient en français et en allemand, mais ils signent 49.1 % des annonces francophones, contre 31.5 % des annonces germanophones. La langue n’est donc pas une caractéristique de l’entreprise, c’est une décision prise poste par poste — et déjà visible dans l’annonce que vous avez sous les yeux.

Cela se lit parfois dans le nom : 10.9 % des annonces en français viennent d’employeurs dont la raison sociale comporte un élément en allemand, du type « Etat de Fribourg - Staat Freiburg » ou « Spitalzentrum Biel / Centre hospitalier Bienne », auxquels s’ajoute l’administration fédérale. Envoyer un dossier en français y est la norme, pas une audace.

Enfin, 23.4 % des annonces francophones proviennent d’employeurs qui publient aussi en anglais. À Genève, où l’anglais atteint 47 %, la question « français ou anglais ? » se tranche annonce par annonce. La règle la plus sûre reste la plus simple : répondez dans la langue dans laquelle les exigences sont formulées.

Combien de français, et où la deuxième langue devient obligatoire

95.1 % des annonces francophones posent une exigence linguistique explicite. Là où le français est cité, il l’est au niveau professionnel ou langue maternelle dans 95.4 % des cas — d’où l’intérêt d’un dossier rédigé en français : il démontre le niveau au lieu de l’affirmer.

La géographie change tout. Les annonces francophones qui n’exigent que le français représentent 73.5 % à Genève, 74.3 % à Neuchâtel et 60.2 % dans le canton de Vaud, mais seulement 37.6 % à Fribourg et 33.3 % dans le canton de Berne. Le long de la frontière des langues, un CV francophone qui ne montre pas l’allemand ne répond qu’à la moitié de l’annonce.

Quand l’allemand est demandé, il l’est souvent modestement : 61.5 % de ces exigences se situent au niveau conversationnel ou élémentaire. Une ligne honnête — « Allemand B1, cours en emploi en cours » — vaut mieux qu’un « bilingue » qui se vérifie en trois minutes d’entretien.

Ce que le marché romand met en avant

La composition des annonces diffère assez pour changer l’ordre de vos rubriques. Par motifs de titres, la construction et les métiers techniques pèsent 9.6 % des annonces francophones contre 4 % des germanophones ; l’informatique et l’ingénierie 11 % contre 7.8 %. À l’inverse, la vente et le commerce de détail tombent à 2 % contre 8.9 %, et la santé à 6.4 % contre 10.8 %.

La fonction s’affiche davantage : le même test de mots — « responsable », « chef », « Leiter », « Leitung », « head of » — ressort sur 12.4 % des intitulés francophones et sur 2.7 % des intitulés alémaniques. Si vous avez conduit une équipe, un budget ou un chantier, la ligne du poste doit le dire explicitement — l’étendue de la responsabilité est une information attendue.

Deux traits de forme complètent le tableau. Les employeurs publics et parapublics signent 15.3 % des annonces francophones contre 8.7 % des germanophones : un dossier complet et formellement propre y compte davantage qu’une mise en page inventive. Et le vouvoiement domine : « vous » apparaît dans 9 % des annonces francophones, « tu » dans 0.7 %, alors que 45.9 % des annonces alémaniques tutoient. Le CV et la lettre suivent ce registre.

Les chiffres de marché ont été comptés le 22 août 2026 à partir des annonces alors actives sur SwissJobs.app ; les parts des annonces par langue écrite ont été recomptées le 27 septembre 2026. Les parts par langue et par canton se rapportent aux annonces dont la langue de rédaction est identifiable ; celles dont la langue n’a pas pu être établie sont exclues. Le canton est déduit du nom de localité et le Jura repose sur une base très faible. Les exigences linguistiques sont mesurées sur les annonces qui en formulent une, et les domaines professionnels proviennent de motifs de mots dans l’intitulé : ce sont des ordres de grandeur, non des statistiques de branche. Les indications sur les rubriques, la longueur, le port du titre et les annexes sont citées des pages d’arbeit.swiss, du canton de Vaud et du portail de la formation professionnelle liées ci-dessous.

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Sources

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Ce que notre index d’offres dit du marché suisse

Calculé en direct sur notre propre index, non repris d’une étude. Uniquement des parts, à ce jour.

Langue de rédaction des annonces

Deutsch
60%
English
23%
Français
13%
Italiano
3%

Parmi les annonces exigeant une langue, la part demandant

Deutsch
70%
English
43%
Français
21%
Italiano
3%

19% publiées ces 7 derniers jours · Principaux marchés: Zürich 18% · Bern 10% · Genève 5% · Basel 5%