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Quelles formulations font démodé dans une lettre de motivation ?

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Trois familles de formules datent immédiatement une lettre : la clôture cérémonielle (« Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées »), la sollicitation solennelle (« J’ai l’honneur de solliciter le poste de… ») et les verbes d’enveloppe (« vous trouverez ci-joint », « sous ce pli »). Le modèle officiel suisse ne fait rien de tout cela : orientation.ch, le site des offices d’orientation, imprime « Madame, Monsieur, » en tête et « Meilleures salutations » en bas. Deux mots, pas douze.

La formule longue n’est pas fausse — elle est française. C’est la clôture de la correspondance administrative en France, et elle survit dans les lettres suisses surtout par recopie de modèles trouvés en ligne. En Suisse romande, la lettre d’affaires est plus courte et moins cérémonielle : la déférence passe par la structure du courrier, pas par la longueur de la formule finale.

Le second réflexe, inverse, fait autant de dégâts : moderniser des mots qui sont bien vivants ici. « Chauffeur » figure dans 0,4 pour cent des intitulés d’annonces francophones de notre inventaire et reste la désignation courante du métier ; « comptable » dans 0,8 pour cent. En revanche « employé de commerce », « représentant », « dactylo » et « service du personnel » réunis n’atteignent que 0,3 pour cent des intitulés. Ce n’est pas votre oreille qui décide : c’est l’annonce.

Ce que les annonces francophones écrivent — et n’écrivent plus
Ce que les annonces francophones écrivent — et n’écrivent plusapprentissage, CFC8.2pour cent des annonces francophonesassistant, assistante4.6pour cent des annonces francophonesspécialiste, specialist3.2pour cent des annonces francophonesgestionnaire2pour cent des annonces francophonescommercial, sales1.9pour cent des annonces francophonessecrétaire, secrétariat0.9pour cent des annonces francophonescomptable0.8pour cent des annonces francophonesemployé de commerce, dactylo…0.3pour cent des annonces francophones

Comptage sur les annonces francophones actives sur SwissJobs.app, état au 23 août 2026, portant sur l’intitulé du poste tel que l’employeur l’a écrit. La dernière barre réunit « employé de commerce », « représentant », « dactylo », « service du personnel » et « publicité ».

  • « Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées » → « Meilleures salutations ». C’est la formule que le modèle officiel d’orientation.ch imprime à cet endroit. La version longue n’offense personne, mais elle signale une lettre recopiée d’un modèle français.
  • « J’ai l’honneur de solliciter le poste de… » → « Je postule au poste d’assistante de direction à 80 pour cent, annoncé le 12 août. » Solliciter un honneur appartient au registre de la requête administrative ; l’annonce, elle, attend une identification claire du poste parmi plusieurs ouverts.
  • « Vous trouverez ci-joint mon curriculum vitae » → à supprimer. Rien n’est joint quand on téléverse trois fichiers dans un formulaire. Si vous voulez une ligne, gardez la ligne « Annexes » en pied de lettre : orientation.ch la conserve et autorise à la réduire à « Dossier de candidature » quand la place manque.
  • « Je me permets de vous adresser ma candidature » → « Je vous adresse ma candidature. » Demander la permission de répondre à une annonce publiée n’est pas de la politesse, c’est de l’hésitation — et cela occupe la place de votre premier argument.
  • « Suite à votre annonce parue dans l’édition du… » → nommez la plateforme et la date de mise en ligne. La formule « parue dans » vient du carnet d’annonces d’un quotidien ; elle donne l’impression d’un texte réutilisé sans être relu.
  • « Dans l’attente d’une réponse de votre part, je reste à votre entière disposition » → « Je suis disponible pour un entretien dès le 1er octobre. » La disponibilité datée est une information dont le recruteur a besoin ; l’attente polie n’en est pas une.

Pourquoi ces formules-là vieillissent

Une formule vieillit quand elle décrit une opération qui n’a plus lieu. « Ci-joint », « sous ce pli », « en annexe à la présente » supposent une enveloppe dont on peut extraire quelque chose. Une candidature téléversée dans un formulaire à trois champs ne contient rien de joint : le verbe désigne un geste qui n’existe plus, et le lecteur l’entend.

« J’ai l’honneur de » vient d’un autre registre encore : celui de la requête adressée à une autorité. On sollicite une autorisation, une dérogation, une audience. Répondre à une annonce n’est aucune de ces choses ; l’employeur a demandé des candidatures, vous en envoyez une. La formule déplace la relation vers un rapport hiérarchique que l’annonce n’a pas établi.

La clôture cérémonielle est le cas le plus visible parce qu’elle occupe une ligne entière. « Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs » et ses variantes — « l’assurance de ma considération distinguée », « mes salutations respectueuses » — sont la norme de la correspondance administrative française. Le modèle officiel suisse imprime « Meilleures salutations », suivi de la signature et du nom. Il ne s’agit pas d’un raccourci familier : c’est la formule standard des lettres d’affaires en Suisse romande.

Enfin, les tournures qui s’excusent : « je me permets », « veuillez excuser le dérangement », « j’ose espérer que ma candidature retiendra votre attention ». Elles occupent des phrases entières pour dire que vous existez avec réserve. Dans une lettre d’une page, chaque phrase de ce type prend la place d’un argument tiré de l’annonce.

Le test n’est pas le guide de style, c’est l’annonce

Les listes de formules démodées vieillissent elles-mêmes, et la plupart sont écrites pour le marché français. Il existe un test qui ne vieillit pas et qui vaut précisément pour le poste visé : le vocabulaire de l’annonce. Ce que l’employeur a écrit dans l’intitulé est, par construction, la désignation en usage chez lui ce mois-ci.

Le comptage des intitulés francophones de notre inventaire montre à quel point l’écart est net. « Employé de commerce », « représentant », « dactylo », « service du personnel » et « publicité » réunis figurent dans 0,3 pour cent des intitulés. Leurs successeurs sont partout : « apprentissage » ou « CFC » dans 8,2 pour cent, « assistant » ou « assistante » dans 4,6 pour cent, « spécialiste » dans 3,2 pour cent, « gestionnaire » dans 2,0 pour cent, « commercial » ou « sales » dans 1,9 pour cent.

Mais tout ce qui sonne ancien n’est pas mort. « Secrétaire » et « secrétariat » tiennent encore 0,9 pour cent des intitulés, « comptable » 0,8 pour cent, « chauffeur » 0,4 pour cent — davantage, proportionnellement, que ce que les guides de carrière laissent entendre. Rebaptiser sa fonction de comptable en « finance specialist » dans son CV éloigne du vocabulaire du marché au lieu de s’en rapprocher.

La règle pratique tient en une phrase : reprenez l’intitulé du poste mot pour mot dans l’objet de la lettre. Orientation.ch le formule explicitement pour l’objet — insérer la profession « telle qu’elle apparaît dans l’annonce ». Un mot recopié de l’annonce ne peut pas être le mot démodé.

L’écriture inclusive : en français, c’est l’inverse de l’allemand

Il existe un point où le français de Suisse a bougé plus vite que l’allemand, et où c’est donc la forme neutre au masculin qui commence à dater. Parmi les annonces francophones dont l’intitulé contient « collaborat… », 76,7 pour cent emploient une forme féminisée ou inclusive : « collaboratrice », « collaborateur·rice », « collaborateur/trice ». Le masculin seul y est devenu minoritaire.

En allemand, le rapport est exactement inverse. « Mitarbeitende », la forme neutre que recommandent la plupart des guides de langue, figure dans 0,1 pour cent des intitulés germanophones ; « Mitarbeiter » et « Mitarbeiterin » dans 4,6 pour cent. Le même marché, le même mois, deux conventions opposées selon la langue de l’annonce.

La conséquence pratique est modeste mais réelle : si vous écrivez en français à un employeur romand, écrire votre propre fonction au masculin générique n’est plus neutre, c’est un choix visible. Et si vous traduisez votre lettre allemande en français, ne transportez pas la convention allemande avec elle.

Ce contraste dit aussi quelque chose de plus général sur la question « qu’est-ce qui fait démodé ». Il n’y a pas de réponse valable pour les quatre langues du pays en même temps. Une formule démodée en français peut être la norme en allemand, et l’usage bouge par langue, pas par frontière.

Ce qui n’est démodé qu’en apparence

Trois éléments sont régulièrement supprimés parce qu’ils font vieux, alors que les sources officielles suisses les recommandent encore.

D’abord la ligne « Annexes » en pied de lettre. Elle a l’air d’un vestige du papier ; orientation.ch la maintient comme élément numéroté du modèle : « Liste des pièces jointes : CV, copie des certificats, copie des rapports de stage, etc. Si tu manques de place, tu peux simplement indiquer Dossier de candidature. » Ce qui est démodé, c’est l’inventaire sur quatre lignes, pas la ligne elle-même.

Ensuite la mention des références. Les guides anglo-saxons la classent parmi les phrases creuses. Arbeit.swiss, le site du SECO, écrit au contraire qu’il faut indiquer dans le CV que les références peuvent être fournies sur demande, et qu’une liste séparée de personnes de référence peut être remise lors de l’entretien. La supprimer pour faire moderne, c’est s’écarter de la recommandation fédérale.

Enfin la formule d’appel « Madame, Monsieur, ». Elle n’est pas un pis-aller : le modèle officiel la donne comme la forme à employer « si le destinataire précis n’est pas connu », à côté de « Madame, » ou « Monsieur, » quand le nom figure dans l’annonce. La remplacer par « Bonjour », « Bonjour l’équipe RH » ou par rien du tout est le choix risqué, pas le choix moderne.

Un dernier signe que les conventions bougent de façon inégale : sur la signature, la page française d’orientation.ch parle encore de « signature manuscrite » que l’on peut numériser, tandis que les versions allemande et italienne du même modèle écrivent « digitale Unterschrift » et « firma elettronica ». Trois versions du même document officiel, trois états d’une même transition. C’est la raison pour laquelle la question « qu’est-ce qui est démodé ? » se tranche sur des sources datées, et non à l’oreille.

Les chiffres de marché proviennent des annonces actives sur SwissJobs.app le 23 août 2026 et sont exprimés en parts, jamais en volumes absolus. Les comptages portent sur l’intitulé du poste tel que l’employeur l’a écrit ; la base est constituée des annonces dont la langue du texte est identifiée sans ambiguïté comme le français, sauf pour la comparaison avec l’allemand, qui porte sur les annonces germanophones. On compte une graphie, pas un sens. Les citations sur la formule d’appel, la formule de clôture, la ligne des annexes et la mention des références proviennent d’orientation.ch (CSFO, sur mandat des cantons) et d’arbeit.swiss (SECO), consultés le 23 août 2026.

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Sources

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Calculé en direct sur notre propre index, non repris d’une étude. Uniquement des parts, à ce jour.

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