Quel canton suisse a le plus d'offres d'emploi? J'ai compté les 20’777
La semaine dernière, quelqu'un m'a demandé quel canton paie le mieux. Question légitime posée à quelqu'un qui a 20’777 annonces suisses en ligne dans un bucket de stockage. J'ai dit que j'allais regarder. Vingt minutes plus tard, j'avais une réponse: je ne peux pas vous le dire. Pas à partir des annonces, en tout cas.
C'est le détail dont personne ne prévient les nouveaux arrivants. Les employeurs suisses n'indiquent pas les salaires dans les annonces. Pas «rarement» — sur les 20’777 postes ouverts sur notre plateforme ce matin à 08h12, exactement zéro comporte un champ salaire, et douze mentionnent un montant en francs quelque part dans le texte. Douze. J'ai donc arrêté de courir après le chiffre absent et j'ai mesuré les quatre qui existent: où sont les postes, dans quelle langue ils sont rédigés, à quel niveau de séniorité, et combien sont à temps partiel. Cette carte-là répond mieux à la vraie question qu'une colonne salaire.
En bref
- Quel canton suisse a le plus d'offres d'emploi actuellement?
- Zurich, largement. 3’330 des 13’580 annonces avec canton identifié s'y trouvent — 24,5%, soit plus que Berne (1’254) et Genève (1’231) réunis. Ensuite Vaud 1’102, Bâle-Ville 939, Lucerne 863, Argovie 780. À elle seule, la Suisse romande (GE, VD, VS, FR, NE, JU) représente 3’743 offres, soit 27,6% du marché localisé.
- Quel canton paie le mieux en Suisse?
- Les annonces ne répondent pas à cette question, et moi non plus avec ces données. Zéro des 20’777 offres en ligne comporte un salaire structuré, et 12 des 16’149 résumés d'annonce mentionnent un montant en CHF — 0,07%. Pour de vrais chiffres, utilisez l'enquête fédérale sur les salaires via le calculateur national du SECO. Ce que les annonces montrent, c'est où se concentrent les employeurs internationaux: Zoug, Genève et Zurich.
- Où travailler en Suisse sans parler allemand?
- Zoug (57,7% des annonces à langue détectée rédigées en anglais), Genève (57,4%) et Zurich (53,1%). Côté romand, Vaud est à 32,0% d'anglais et 59,5% de français, Neuchâtel à 32,1% d'anglais, Fribourg à 51,8% de français. Autrement dit: à Genève, l'anglais est plus fréquent que le français dans les annonces.
- Où sont les postes de cadre?
- À Zoug et à Zurich. 27,1% des annonces zougoises et 24,6% des zurichoises portent un titre senior, lead, head, director ou responsable, contre une moyenne nationale de 14,3%. Genève 20,7%, Bâle-Ville 19,0%, Vaud 18,1%, Neuchâtel 16,5%. À l'autre bout: Lucerne 6,8%, Grisons 6,0%.
- Où le temps partiel est-il réaliste?
- Pas en Romandie, malheureusement. Soleure 15,6% des annonces, Schaffhouse 12,7%, Berne 12,2%, Argovie et Saint-Gall 11,5%, contre Vaud 4,8%, Genève 2,9% et Fribourg 2,3%. La moyenne nationale est de 6,4%. Le Pensum réduit est une habitude nettement plus alémanique que romande.
Quel canton a réellement les postes?
Zurich concentre 3’330 des 13’580 offres localisées — 24,5%, plus que Berne et Genève réunis — et les cinq plus grands cantons en détiennent 57,8%.
Commençons par le décompte brut, tout le reste de l'article n'en est qu'une coupe. Zurich 3’330. Berne 1’254. Genève 1’231. Vaud 1’102. Bâle-Ville 939. Lucerne 863. Argovie 780. Fribourg 617. Valais 503. Saint-Gall 489. Zoug 435. Soleure 365. Grisons 334. Tessin 267. Neuchâtel 255. Thurgovie 250. Les 26 cantons apparaissent, jusqu'à Uri avec deux annonces.
Une offre sur quatre se trouve dans un seul canton. Vue de Romandie, la comparaison qui compte est celle-ci: Genève et Vaud réunis, c'est 2’333 postes; Zurich seul en a 3’330. En revanche, l'ensemble de la Suisse romande — Genève, Vaud, Valais, Fribourg, Neuchâtel, Jura — pèse 3’743 offres, soit 27,6% du marché localisé. Ce n'est pas une niche, c'est plus du quart du pays.
Maintenant la réserve méthodologique, parce qu'il faut savoir ce qu'on regarde. Sur 20’777 annonces publiées, 13’580 ont un canton identifié. Ces deux tiers ne sont pas aléatoires: le géocodage tourne quelques jours derrière le scraper, si bien que 88,7% des annonces de plus d'une semaine ont un canton, contre 0,9% des 5’521 arrivées de cette semaine. La carte cantonale décrit donc la partie stabilisée de l'index. Sur les lignes non résolues, les localités les plus fréquentes sont Zürich (810), Bern (505), «Switzerland» (448), Basel (297) et Genève (225) — les mêmes centres, dans le même ordre. La forme tient; les valeurs absolues sont un plancher.
Deuxième réserve, plus petite: Bâle-Campagne n'affiche que 35 annonces, ce qui ne décrit évidemment pas son économie. Presque toute l'agglomération publie avec une adresse bâloise et atterrit dans Bâle-Ville. Lisez la barre comme «région bâloise».
Inventaire SwissJobs en direct, 7 août 2026. Base: les 13’580 annonces sur 20’777 publiées disposant d'un canton identifié; les pourcentages se rapportent à cette base.
Alors, quel canton paie le mieux?
Je ne peux pas le dire à partir des annonces, et ce n'est pas une limite de mes données mais un trait du marché suisse: zéro des 20’777 offres comporte un champ salaire et douze citent un montant dans le texte.
Je veux être précis, parce que c'est le passage que personne ne croit. Données salariales structurées sur 20’777 annonces en ligne: aucune. Pas une part faible. Zéro. J'ai ensuite cherché dans le texte libre: 16’149 annonces disposent d'un résumé, 309 d'entre elles évoquent la rémunération en mots (1,9%). Douze y attachent un chiffre.
Voilà à peu près toute la matière visible: une annonce citant une fourchette de CHF 84’000–100’000, une autre à CHF 183’800–309’700 par an, une à CHF 25–30 de l'heure, deux ou trois du même acabit. Douze points de données sur vingt mille. On ne construit pas un classement cantonal avec ça, et je ne vais pas maquiller une estimation pour faire semblant.
Que faire à la place? Prendre les chiffres fédéraux. L'enquête suisse sur la structure des salaires porte sur des salaires réellement versés, elle est gratuite, et le SECO l'emballe dans un calculateur: branche, région, âge, formation, taux d'occupation, et vous obtenez une fourchette pour votre profil. C'est infiniment mieux que tout ce qu'on peut gratter sur des sites d'emploi.
Ce silence dit tout de même une chose. Dans un marché où aucune annonce n'affiche de salaire, la négociation se joue entièrement en entretien, et le montant dépend de ce que vous demandez. Si vous venez d'un pays où les fourchettes sont publiées, c'est l'habitude la plus coûteuse à importer: attendre qu'on vous annonce un chiffre. Cherchez la fourchette avant, puis annoncez-la.
Pour les frontaliers, une couche s'ajoute que le brut ne montre pas: impôt à la source, choix de l'assurance maladie et taux de change décident de ce qui reste réellement. Deux offres au même brut, l'une à Genève et l'autre à Bâle, ne sont pas la même offre.
Où recrute-t-on vraiment en anglais?
Zoug 57,7%, Genève 57,4% et Zurich 53,1% des annonces à langue détectée sont rédigées en anglais, contre 12,6% à Berne et 8,1% aux Grisons.
C'est l'approximation de carte salariale la plus fiable que l'inventaire permette. Non parce que l'anglais paierait mieux en soi: les annonces en anglais viennent d'employeurs au processus international — sièges régionaux, pharma, banque, tech, négoce de matières premières — dont les grilles salariales ne se fixent pas sur le marché local.
Le gradient est raide. Zoug 57,7% de ses 352 annonces à langue détectée, Genève 57,4% de 951, Zurich 53,1% de 2’667, Bâle-Ville 37,0% de 743. Puis la chute: Berne 12,6%, Saint-Gall 11,6%, Lucerne 10,4%, Grisons 8,1%, Thurgovie 6,3%. Moyenne nationale: 29,3% des 16’221 annonces dont je peux détecter la langue.
Le cas genevois mérite qu'on s'y arrête. 57,4% des annonces en anglais, 40,9% en français, 1,7% en allemand. Pour un canton officiellement francophone, cela veut dire qu'un CV en français seul vous ferme la moitié du marché local — celle des organisations internationales, du négoce et de la finance. Vaud est plus équilibré: 59,5% de français, 32,0% d'anglais. Neuchâtel, 54,9% et 32,1%.
Le Valais surprend à 42,4% d'anglais, jusqu'à ce qu'on se rappelle ce qu'il y a à Viège et autour de Sion: quelques employeurs industriels très internationaux qui publient en anglais dans un canton qui travaille par ailleurs en français et en allemand. Base réduite aussi — 255 annonces détectables sur 503. Effet employeur plutôt qu'effet canton.
Conclusion pratique pour un candidat romand: gardez une version anglaise de votre CV à jour. À Genève, vous en aurez besoin plus d'une fois sur deux.
Inventaire SwissJobs en direct, 7 août 2026. Base: annonces dont la langue est détectable — Zoug 352, Genève 951, Zurich 2’667, Vaud 805, Berne 979, Grisons 259.
Où sont les postes de cadre?
Zoug 27,1% et Zurich 24,6% des annonces portent un titre senior, lead, head ou responsable, contre une moyenne nationale de 14,3% — et 6,8% à Lucerne.
Deuxième approximation, même logique. Je ne vois pas les salaires, mais je vois les intitulés, et un canton dont un quart des annonces sont des fonctions d'encadrement est un canton plein d'étages de direction. J'ai compté toute annonce dont le titre contient senior, lead, head, principal, chief, director, managing, responsable, chef ou Leiter — grossier, mais appliqué identiquement aux 26 cantons, donc la comparaison tient.
Zoug 27,1%. Zurich 24,6%. Genève 20,7%. Bâle-Ville 19,0%. Vaud 18,1%. Neuchâtel 16,5%. Valais 16,5%. Moyenne nationale 14,3%. Puis Berne 11,0%, Tessin 9,4%, Argovie 8,1%, Saint-Gall 8,0%, Lucerne 6,8%, Grisons 6,0%.
Genève et Vaud se tiennent nettement au-dessus de la moyenne nationale, ce qui correspond à ce qu'on y trouve: sièges régionaux, organisations internationales, négoce, MedTech dans l'arc lémanique. La contrepartie est connue de tous ceux qui cherchent un premier poste sur l'arc lémanique: beaucoup d'annonces demandent cinq à dix ans d'expérience, et la concurrence pour les postes juniors y est féroce.
Zoug domine les deux classements avec seulement 435 annonces. C'est exactement à quoi ressemble un canton de holdings dans des données d'annonces: peu de postes, très seniors, très anglophones. Pour un spécialiste en milieu de carrière, ces 435 annonces valent plus que leur nombre. Pour un jeune diplômé, beaucoup moins.
Inventaire SwissJobs en direct, 7 août 2026. Intitulés comparés à senior/lead/head/principal/chief/director/responsable/chef/Leiter; base: annonces localisées de chaque canton. Moyenne nationale 14,3%.
Et le temps partiel, il est où?
La carte s'inverse, et pas en faveur de la Romandie: Soleure 15,6%, Schaffhouse 12,7% et Berne 12,2% des annonces sont à temps partiel, contre 4,8% dans le canton de Vaud et 2,9% à Genève.
Jusqu'ici, les mêmes quatre cantons occupaient le haut de chaque graphique. Plus ici. Soleure 15,6%. Schaffhouse 12,7%. Schwytz 12,6%. Berne 12,2%. Grisons 12,0%. Thurgovie 11,6%. Argovie et Saint-Gall 11,5%. Moyenne nationale sur tout l'inventaire: 6,4%.
Et en bas du classement: Zurich 5,3%, Lucerne 5,3%, Vaud 4,8%, Zoug 3,4%, Genève 2,9%, Fribourg 2,3%. Les cantons au travail le plus international et le plus senior sont aussi ceux qui publient le moins souvent autre chose que du 100%.
Il y a une fracture linguistique là-dedans. Les taux partiels sont visiblement plus élevés côté alémanique que côté romand, ce que confirmera quiconque a travaillé des deux côtés de la Sarine: un Pensum à 80% est un choix de carrière banal à Berne ou à Aarau, et reste une conversation un peu délicate à Genève.
Si un taux réduit n'est pas négociable pour vous, cela change l'ordre de recherche, pas seulement le filtre. À Genève, moins d'une annonce sur trente le propose. À Soleure, une sur six. Et si vous restez sur l'arc lémanique, il faudra probablement l'obtenir en négociation plutôt que le trouver dans l'annonce.
Inventaire SwissJobs en direct, 7 août 2026. Base: annonces localisées de chaque canton, type de contrat tel qu'indiqué dans l'annonce. Moyenne nationale 6,4%.
Qu'est-ce que ça change à ma candidature?
Deux lignes en haut de la première page: dans quel canton vous pouvez travailler et quel permis vous détenez — car dans un marché sans salaires publiés, le tri se fait d'abord sur la logistique et jamais sur l'argent.
Lus ensemble, ces quatre graphiques donnent un ordre de recherche. Senior et international: Zoug, Zurich, Genève, Bâle — avec en face tous ceux qui ont fait le même calcul. Volume et chances réelles: Berne, Argovie, Lucerne, Saint-Gall, des milliers de postes qui n'apparaissent dans aucune newsletter anglophone. Temps partiel: cantons alémaniques de taille moyenne.
Ensuite, la partie qui décide si quelqu'un vous lit. Votre CV doit dire où vous pouvez travailler et sous quel statut, dans le premier tiers de la page. «Genève, permis B» ou «Ressortissante UE, aucun permis requis, installation à Lausanne en octobre». C'est ce qui rate le plus souvent: bon profil, aucune ligne de localisation, la personne qui trie ne peut pas établir en cinq secondes s'il faudra une procédure de permis, et elle passe à la suivante. Sans jamais vous le dire.
Les langues dans le même bloc, avec les niveaux: «Français C2 · Anglais C1 · Allemand B1». Vu les chiffres ci-dessus, si vous visez Genève ou Zoug, mettez l'anglais en évidence. Si vous visez Fribourg, dont 51,8% des annonces sont en français et 17,5% en allemand, mentionnez sérieusement votre allemand — c'est un canton bilingue et cela se voit dans les annonces.
Cette vérification du premier tiers est mécanique, c'est pourquoi nous l'avons automatisée. Collez l'annonce, téléversez votre CV, et notre CV check vous dit lesquelles de ces lignes un recruteur suisse ne trouvera pas. Il n'a aucun avis sur le canton où vous devriez habiter.
Ce que j'utiliserais
Trois liens, dont un qui n'est pas de nous:
- SwissJobsnotre outil
De nous. Les 20’777 offres suisses en ligne, filtrables par canton — tous les chiffres de cet article en sortent. Utile ici pour poser le filtre cantonal et constater l'écart de volume vous-même plutôt que de me croire sur parole.
- SwissJobs CV Checknotre outil
De nous, gratuit. Confrontez votre CV à une annonce précise: l'outil signale ce qu'un recruteur suisse cherche au premier passage et ne trouve généralement pas — ligne domicile et permis, niveaux de langue selon le CECR, résultats plutôt que tâches.
Pas de nous, et c'est le bon outil pour la question à laquelle cet article ne peut pas répondre. Le calculateur fédéral s'appuie sur l'enquête officielle des salaires: branche, région, âge, formation, taux d'occupation, et vous obtenez une fourchette réaliste avant l'entretien.
En résumé: Zurich a les postes, Zoug la séniorité, Soleure la souplesse du temps partiel — et personne n'affiche le salaire. Cela ne changera pas de sitôt, alors traitez-le comme une règle du jeu: cherchez la fourchette vous-même et entrez en entretien avec un chiffre en tête.
Je referai le calcul dans quelques mois. L'intéressant ne sera pas l'avance de Zurich, qui est structurelle, mais de voir si la part d'anglais grimpe aussi là où elle est encore basse. C'est le chiffre sur lequel je parierais.