Temps partiel en Suisse : 4'488 offres sur 20'777 vous engagent en dessous de 100%
Il y a trois jours, j'ai publié une analyse canton par canton du marché suisse, et une ligne disait : 6,4% des offres en ligne sont à temps partiel. La ligne est exacte. C'est précisément ce que contient le champ « type de contrat ». Sauf qu'elle décrit l'étiquette et pas le contenu, et pour être honnête, je le savais en l'écrivant.
Ce matin, j'ai donc repris les mêmes 20'777 offres publiées et j'ai posé une autre question. Non pas « cette annonce dit-elle temps partiel », mais « cet employeur m'engagerait-il à moins de 100% ». Question différente, réponse très différente : 4'488 offres. 21,6% de tout ce qui est en ligne. Et 2'853 d'entre elles figurent dans notre index comme des postes à plein temps, parce que la flexibilité n'apparaît nulle part ailleurs que dans un chiffre au milieu du titre.
Si vous cochez le filtre « temps partiel » depuis des mois et que vous en concluez qu'il n'y a presque rien en Suisse : voilà pourquoi. Vous lisez l'étiquette. Le marché écrit l'information ailleurs. Et en Suisse romande, il l'écrit nettement moins souvent qu'outre-Sarine — c'est la deuxième mauvaise nouvelle de cet article.
En bref
- Combien d'emplois sont réellement à temps partiel en Suisse ?
- Sur les 20'777 offres en ligne sur notre plateforme le 10 août 2026, 4'488 (21,6%) annoncent un taux d'activité qui commence en dessous de 100% : l'employeur engage donc à moins qu'un plein temps. Seules 1'533 (7,4%) emploient les mots temps partiel, Teilzeit ou part-time quelque part, et 1'340 (6,4%) portent l'étiquette structurée que lisent les filtres. Tout l'article tient dans l'écart entre 6,4% et 21,6%.
- Que signifie « 80–100% » dans une annonce suisse ?
- C'est le taux d'activité, exprimé en pourcentage d'un plein temps : 80% est le plancher, 100% le plafond, et c'est négociable entre les deux. C'est de loin la formulation la plus courante du marché suisse – 2'033 offres en ligne portent exactement cette fourchette, dont 1'697 sont simultanément étiquetées plein temps. À lire comme : « on préférerait 100, on vous engage volontiers à 80 ».
- Le temps partiel est-il aussi courant en Suisse romande qu'en Suisse alémanique ?
- Non, et l'écart est net : 14,7% des offres romandes acceptent moins de 100%, contre 26,3% en Suisse alémanique. Genève ferme la marche avec 8,0%, puis Fribourg 12,6%, Neuchâtel 14,1% et Vaud 14,9%. En face : Berne 33,0%, Lucerne 32,3%, Argovie 33,1%. Seul le Valais casse le schéma, à 33,4%.
- Quels métiers acceptent le plus le temps partiel ?
- Les soins, très loin devant : 61,9% des 1'349 offres portant un titre de soins ou de santé descendent sous 100%. Ensuite l'administration 38,1%, la vente 30,7%, les RH 29,8%, le nettoyage et facility 28,6%, la restauration 21,6%, la finance et comptabilité 19,7%. En bas de tableau : ingénierie et informatique 9,7% sur 2'263 offres, vente terrain et key account 8,2%, places d'apprentissage 0,4%.
- Pourquoi le filtre temps partiel ne me montre-t-il presque rien ?
- Parce qu'il lit un champ structuré que 2'955 des 4'488 offres flexibles ne remplissent jamais : leur flexibilité n'existe que sous forme de pourcentage dans le titre du poste. Cherchez le chiffre plutôt que l'étiquette – tapez 80, 60 ou 80–100 dans le champ mots-clés et vous verrez des postes que tous les filtres du pays vous cachent.
Combien d'offres suisses acceptent vraiment moins de 100% ?
4'488 offres sur 20'777 – 21,6% – engagent en dessous de 100%, mais seules 1'340 portent l'étiquette que lisent les filtres des sites d'emploi.
Trois façons de compter la même chose, trois chiffres radicalement différents. Le champ structuré indique temps partiel sur 1'340 offres, soit 6,4%. Élargissez à toute annonce contenant les mots temps partiel, Teilzeit, part-time ou tempo parziale, dans le titre ou dans le résumé, et vous arrivez à 1'533 – 7,4%. Élargissez encore à toute offre dont le taux d'activité annoncé commence en dessous de 100%, et cela bondit à 4'488. 21,6%.
C'est ce dernier chiffre qui est honnête, pour une raison simple. Une annonce intitulée « Agent(e) fret administration import/export à 80% - 100% » n'est pas un plein temps qui tolérerait éventuellement moins. C'est un poste que l'employeur a déjà décidé de pourvoir à 80% si la bonne personne se présente à 80%. La disponibilité est écrite dans le titre. Elle est simplement écrite en arithmétique plutôt qu'en étiquette.
Le mécanisme est ennuyeux mais utile à connaître : 2'955 des 4'488 offres flexibles ne montrent aucun signal de temps partiel ailleurs que le pourcentage de leur propre titre. 2'853 sont explicitement étiquetées plein temps. Le filtre n'est donc pas cassé — il répond à une question plus étroite que la vôtre. Vous demandez « m'engageraient-ils à 80 ? ». Il répond « quelqu'un a-t-il coché la case temps partiel ? ».
Une réserve que je préfère poser moi-même : notre champ structuré « taux d'activité » est vide, exactement 2 offres sur 20'777 le remplissent, et c'est pour cela que j'ai analysé les titres à la main. Je ne lis que les titres et les résumés, pas le corps complet des annonces. Beaucoup d'offres mentionnent un taux réduit au troisième paragraphe de la description, là où je ne le vois pas. 21,6% est donc un plancher, pas un plafond. Le vrai chiffre est plus élevé et je ne peux pas vous dire de combien.
Inventaire SwissJobs en direct, 10 août 2026. Base : les 20'777 offres publiées. Taux d'activité extrait des titres — le champ structuré n'est rempli que sur 2 offres, donc inutilisable.
La Romandie est-elle vraiment moins ouverte au temps partiel ?
Oui : 14,7% des offres romandes acceptent moins de 100% contre 26,3% en Suisse alémanique, et Genève tombe à 8,0% quand Berne tient 33,0%.
Le classement complet, par canton : Grisons 33,5%, Valais 33,4%, Argovie 33,1%, Berne 33,0%, Lucerne 32,3%, Soleure 27,4%, Thurgovie 26,0%, Saint-Gall 24,7%, Zurich 22,8%, Bâle-Ville 19,3%, Zoug 19,3%. Puis la chute : Vaud 14,9%, Neuchâtel 14,1%, Fribourg 12,6%, Tessin 9,4%, Genève 8,0%.
Par ville c'est encore plus marqué, et les villes sont là où se trouvent les employeurs. Lucerne 38,4% de ses 526 offres, Berne 33,1% sur 946, Saint-Gall 25,8% sur 329, Zurich 19,5% sur 2'630, Bâle 19,2% sur 937. Lausanne 12,3% sur 551. Genève : 7,6% sur 1'059. Une offre sur treize. Si un taux réduit n'est pas négociable pour vous et que vous cherchez à Genève, votre bassin est réellement, mesurablement plus petit.
Le Valais à 33,4% est l'exception qui a cassé mon hypothèse : un canton partiellement francophone en tête d'une liste alémanique. Je n'ai pas d'explication propre. La composition penche fortement vers l'hôtellerie, les soins et le secteur public, trois domaines qui se découpent naturellement en fractions. J'y vois un effet de mix sectoriel plutôt qu'un effet culturel. Et la base est petite : 503 offres.
Il y a aussi une raison d'écriture, pas seulement de culture. Les annonces en allemand indiquent un taux d'activité dans 29,3% des cas ; les annonces en français, dans 19,3% seulement. L'expression « taux d'activité » elle-même n'apparaît que six fois dans les titres et résumés francophones de notre inventaire, alors que le mot Pensum est partout côté alémanique. Une partie de l'écart est donc une différence de convention rédactionnelle — mais une convention qui ne s'écrit pas est une flexibilité que vous ne pouvez pas trouver, ce qui revient au même quand vous cherchez.
Inventaire SwissJobs en direct, 10 août 2026. Base : offres avec canton résolu, effectif entre parenthèses. Agrégats : Suisse alémanique 26,3% sur 9'570, Romandie 14,7% sur 3'743.
Que veut dire exactement « 80–100% » ?
C'est une fourchette d'engagement avec un plancher et un plafond — et sur les 4'853 offres qui annoncent un taux, 3'683 ont un plancher sous 100%.
4'853 offres en ligne mettent un pourcentage dans le titre du poste, soit 23,4% du marché. Cela vous dit déjà à quel point ce chiffre est central dans une annonce suisse : il est dans le titre, à côté du (h/f), avant que quiconque ait lu un mot sur les tâches.
Sur ces 4'853, exactement 1'170 disent 100% et rien d'autre. Toutes les autres — 3'683 offres, 75,9% — ont un plancher sous le plein temps. Le plancher le plus fréquent, et de loin, est 80% : 2'235 offres ne descendent pas sous 80 mais descendent jusqu'à 80. Ensuite 60% (520 offres), 50% (261), 40% (269), 20% (139), 70% (108). Il existe même une petite queue à 10% et 5%, ce qui correspond aux extras et aux renforts du samedi.
L'expression la plus fréquente de tout le marché suisse est « 80–100% », sur 2'033 offres, dont 1'697 sont étiquetées plein temps chez nous. C'est exactement le décalage qui justifie cet article. Je la lis comme une phrase culturelle : on aimerait quelqu'un à plein temps, on sait qu'on ne le trouvera probablement pas, 80 nous convient, postulez.
Deux détails à repérer avant de postuler. 3'113 des taux annoncés sont des fourchettes plutôt que des valeurs uniques, et 2'604 de ces fourchettes plafonnent à 100% : ouvertes en haut, fermées en bas. En revanche, 509 offres annoncent une fourchette qui n'atteint jamais 100%, du type 20–40% ou 40–60%. Là, c'est un vrai poste à temps partiel qui ne deviendra pas un plein temps plus tard, quelle que soit la qualité de l'entretien. Autant le savoir avant de bâtir un plan dessus.
Inventaire SwissJobs en direct, 10 août 2026. Base : les 4'853 offres sur 20'777 qui indiquent un taux d'activité dans le titre. Le « plancher » est la borne basse de la fourchette, ou la valeur unique quand une seule est donnée.
Quels métiers passent réellement à temps partiel ?
Les soins à 61,9%, l'administration à 38,1% et la vente à 30,7% le font en routine — l'ingénierie et l'informatique à 9,7% et la vente terrain à 8,2%, presque jamais.
J'ai croisé les titres de poste avec des mots-clés métier et mesuré, pour chaque famille, la part qui engage sous 100%. L'écart est énorme, et il suit une ligne assez nette : le travail en horaires se découpe, le travail en projet beaucoup moins.
Les soins forment un marché à part. 61,9% des 1'349 offres portant un titre de soins ou de santé descendent sous 100%, et si l'on ne garde que les titres d'infirmier/ère et équivalents alémaniques, c'est 57,9% sur 708. Un planning se coupe proprement en fractions, donc il se coupe. Viennent ensuite l'administration 38,1% sur 598, la vente 30,7% sur 1'033, les RH 29,8% sur 282, le nettoyage et facility 28,6% sur 119, la restauration 21,6% sur 245, la finance et comptabilité 19,7% sur 380.
Le bas du tableau : ingénierie et informatique 9,7% sur 2'263 offres, vente terrain et key account 8,2% sur 417, places d'apprentissage 3 sur 755 — 0,4%, autant dire un artefact, un apprentissage étant par construction un contrat à plein temps.
Attention quand même : 9,7% de 2'263, cela fait 220 postes d'ingénierie qui engagent à 80%, et ils existent — Linux System Engineer 80–100%, Security Engineer 80–100%, Process Engineer 80 - 100%. La différence est la distribution. Dans les soins, la flexibilité est la norme et vous négociez vers le haut ; en informatique, c'est l'exception et il faut aller chercher l'employeur précis qui la propose. C'est un problème de recherche, et un problème de recherche se règle.
Inventaire SwissJobs en direct, 10 août 2026. Familles identifiées par mots-clés dans le titre du poste, base entre parenthèses. Moyenne sur les 20'777 offres : 21,6%.
Comment chercher les postes que le filtre avale ?
Par le pourcentage dans le titre, pas par le filtre : c'est là que se cachent 2'955 offres étiquetées plein temps qui engagent pourtant à moins.
Concrètement : tapez le chiffre dans le champ mots-clés au lieu de cocher une case. « 80 », « 60 », « 80–100 », « Pensum ». C'est banal, mais cela remonte exactement les annonces sans case cochée qui engagent quand même sous 100% — c'est-à-dire deux tiers de l'offre flexible du pays.
Ensuite, triez par le plancher et non par le mot. Si vous avez besoin de 60%, une annonce « 80–100% » n'est pas un peut-être : c'est un non, et y postuler vous coûte une soirée. Si vous visez 80%, « 60–100% » est un oui franc même si le mot temps partiel n'apparaît nulle part. Cette seule règle fait gagner plus de temps que n'importe quelle retouche de CV que je pourrais vous conseiller.
Et si votre plancher est bas, élargissez géographiquement avant d'élargir sur le métier. Depuis Lausanne ou Genève, la couronne alémanique la plus proche — Berne à 33,0%, Soleure à 27,4%, Bâle à 19,3% — contient plus d'offres flexibles que toute la Romandie réunie. Pour un frontalier ou une frontalière qui accepte déjà un trajet, c'est un arbitrage à faire consciemment.
Question de rythme, pour finir : 4'864 des 20'777 offres sont arrivées ces sept derniers jours, dont 975 avec un signal de temps partiel. Environ 140 nouvelles offres flexibles par jour. Celui qui regarde une fois par semaine ne voit pas le même marché que celui qui regarde une fois par mois — et les deux voient un marché plus petit que la réalité s'ils utilisent le filtre.
Comment demander 80% sans se griller ?
Indiquez le taux souhaité sous forme de fourchette, dans le même bloc que votre lieu et votre statut, dans le premier tiers de la première page.
Le premier tri suisse est une vérification logistique de quelques secondes : où habite cette personne, sous quel statut, à partir de quand, à quel taux. Ces quatre réponses vont dans le premier tiers de la page une, dans l'en-tête, pas dans une lettre de motivation que personne n'ouvre. « Lausanne · permis C · dès le 1er octobre · 60–80% ». Quatre faits, une ligne. J'ai lu des milliers de dossiers : passent ceux où une personne fatiguée, à 16h40, répond aux quatre questions sans faire défiler.
Écrivez une fourchette, pas un point. « 60–80% » se lit comme quelqu'un qui a un plan et qui veut en discuter. « 60% uniquement » se lit comme une contrainte que le recrutement devra résoudre — et au stade du tri, il ne la résout pas, il prend le dossier suivant. Même information, réception totalement différente. Je trouve cela un peu injuste. C'est quand même ainsi que ça marche.
Pour les frontaliers, une précision qui compte : indiquez le permis G et la ville de résidence explicitement. Un dossier sans ligne de localisation depuis la France voisine crée exactement le doute que le premier tri n'a pas le temps de lever, et le taux d'activité demandé ne sera même pas lu. L'ordre est toujours le même : localisation et statut d'abord, taux ensuite, compétences après.
Si vous n'êtes pas sûr que votre CV réponde à ces quatre questions en cinq secondes, c'est exactement le contrôle que nous avons automatisé. Collez l'annonce, chargez le CV, et vous verrez ce qu'un premier tri suisse ne trouve pas dans le premier tiers de la page.
Ce que j'utiliserais
Trois liens, dont deux sont les nôtres — je le précise.
- SwissJobsnotre outil
À nous. Les 20'777 offres suisses en ligne, et la source de chaque chiffre de cet article. Pour le temps partiel : laissez tomber le filtre de type de contrat et tapez plutôt 80, 60 ou Teilzeit dans le champ mots-clés. C'est ainsi que vous atteignez les 2'955 postes flexibles qu'aucun filtre ne montre.
- SwissJobs CV Checknotre outil
À nous, gratuit. Confrontez votre CV à une annonce précise : l'outil signale ce qu'un premier tri suisse cherche et ne trouve généralement pas — lieu, permis, disponibilité, taux d'activité et niveaux de langue — dans le premier tiers de la page une.
Pas à nous. Mes chiffres comptent des annonces, l'OFS compte des personnes. Pour savoir quelle part de la Suisse travaille effectivement à temps partiel — et non combien d'employeurs le proposent — c'est la bonne source. Deux questions différentes, les deux utiles.
La correction tient donc : 6,4% était l'étiquette, 21,6% est le marché, et entre les deux il y a 2'955 postes qui vous engageraient à 80% tout en se déclarant à plein temps. Ce n'est pas de la dissimulation. C'est un marché qui écrit sa flexibilité sous forme de chiffre dans un titre plutôt que de case dans une base de données — et toutes les plateformes conçues hors de Suisse font la même erreur.
Je referai le calcul dans un trimestre. Le chiffre que je surveille n'est pas Genève contre Berne, qui est structurel, mais la part des annonces francophones qui indiquent un taux d'activité : 19,3% aujourd'hui contre 29,3% en allemand. Si cet écart se réduit, la Romandie n'est pas devenue plus flexible — elle a simplement commencé à l'écrire.